Потребителски вход

Запомни ме | Регистрация
Постинг
28.05 16:24 - GUENO GUENOV - LA BULGARIE POUR LAMARTINE ET HUGO
Автор: ggenov Категория: Лични дневници   
Прочетен: 64 Коментари: 0 Гласове:
0



 

 

    Le romantisme est sans nul doute le mouvement artistique le plus important du 19e siècle. En France il est annoncé au tout début du siècle par Chateaubriand (1768-1848) et Mme de Staël (1766-1817). Мais ce n'est que vers 1820 que le courant romantique s'impose en France. Еn 1827 Victor Hugo fonde le Cénacle autour duquel se réunissent Lamartine, Musset, Vigny, Nerval et des peintres comme Delacroix. Pendant les années 20 du 19e siècle le romantisme devient le courant dominant dans la vie artistique et intellectuelle française.

  Le jeune romantisme français est dominé par son goût pour l'introspection et par sa curiosité envers la jeune littérature allemande. Longtemps les romantiques français parlent peu de politique dans leurs œuvres, tout à fait comme si le sujet n'était pas digne de leur art. Il est vrai que la chute de Napoléon, le conservatisme propre à la Restauration, puis la révolution ratée de 1830 avaient accentué le désenchantement de la jeunesse de l'époque. On ne peut nier que le contexte historique avait eu un effet important sur le mouvement romantique, mais cela ne se traduisait qu'assez peu par des prises de position explicites. Les artistes français, souvent issus de classes aisées, ne s'intéressaient que de loin aux luttes sociales.

      Toutefois, si la plupart des romantiques français sont restés indifférents aux débats politiques, les cas de Hugo et de Lamartine doivent être exclus de ce portrait d'ensemble. Hugo s'est en effet préoccupé du sort de la Grèce, de la Pologne et de celui de la Bulgarie. Pour la France, ses sympathies ont longtemps été, et cela malgré sa nostalgie pour Napoléon, du côté de la monarchie régnante. Lamartine, lui, est devenu maire de Mâcon dès 1812, et son engagement social a été de plus en plus vif à partir de 1837. En 1848, pendant une période particulièrement mouvementée de l'histoire française, Lamartine a même été ministre des affaires étrangères, avant d'être battu par le futur Napoléon III aux élections de décembre.

   En effet toutes les idées politiques de Lamartine dérivent d’une arrière-pensée religieuse, comme chez Jean-Jacques Rousseau, comme chez Robespierre, comme chez Jaurès. «Si Dieu n’est pas au terme du chemin, à quoi bon marcher?» - écrit-il.

       Lamartine souhaiterait entrer dans la diplomatie ou, comme avait fait son père, dans l’armée; mais l’usurpateur Napoléon est sur le trône, et les Lamartine sont des royalistes intransigeants.

     Il est vrai qu'à partir de 1848, avec l'effondrement de la monarchie en France, le courant romantique s'essouffle, ne se survivant plus qu'à travers quelques génies comme Hugo et Lamartine.

    De 1848 jusqu'à sa mort en 1869, Lamartine s'est tenu loin des affaires publiques. Les idées politiques du nouvel empereur ne pouvaient pas lui plaire mais, ruiné, le poète n'avait plus les moyens de faire entendre ses convictions. Hugo, tout au contraire, allait faire valoir, du fond de son exil à Jersey, la profondeur de son mépris pour Napoléon III.

    Comme les romantiques allemands les romantiques en France sont préoccupés de la pensée de l'Ailleurs. Pour échapper à un monde de plus en plus prosaïque, bourgeois, où la science ne laisse plus d'espace au merveilleux, les romantiques rêvent à ce qu'il y a de plus lointain de l'univers social qui devrait être le leur. Aussi, la plupart des romantiques français voyagent-ils beaucoup, davantage en tout cas que les écrivains des siècles précédents. Presque tous ont vu l'Italie, plusieurs l'Espagne. Ils n'ont pas été rares ceux qui, comme Nerval ou Lamartine, ont eu l'audace de visiter le Proche ou le Moyen-Orient.

      La plus part des romantiques français ont beaucoup voyagé. Cela leur a permis d’enrichir leur imaginaire et de renouveler leur vocabulaire. L’exotisme favorise souvent l'ardeur des passions et le travail sur les couleurs dans les descriptions des paysages lointains. Sa poursuite apparaît aussi comme une compensation à un univers social d'où l'aventure est absente. Au XIXe siècle, en France, les haines ne se règlent plus par des duels, mais par des procès. Aussi est-il dans l'ordre des choses que, pour ceux qui veulent vivre avec ardeur, les contrées les plus lointaines - et surtout les plus sauvages - soient les plus attirantes.

    Les pays de l’Europe situés au Sud sont ceux qui fascinent le plus les romantiques français. On aurait tort de ne voir là qu'un hasard. Ce qu'ils cherchent là-bas ce sont des moeurs radicalement nouvelles, étranges, aussi peu civilisées que possible. De fait, ce n'est pas seulement le pittoresque qui attire Hugo en Espagne et le pousse à s’intéresser aux moeurs politiques, qu’ont adoptées les gouvernements des pays situés sur la Péninsule balkanique. Ce qui l’attire là c'est surtout la sauvagerie qui n'existe plus dans les sociétés trop bien policées où il est grandi.

     En 1829, pendant son séjour à Paris, Lamartine fait connaissance avec Chateaubriand et Hugo. La même année il se rapproche de Sainte-Beuve. En novembre il est élu à l'Académie française grâce à l'appui de Chateaubriand.

       En septembre 1830 Lamartine abandonne sa carrière diplomatique et présente sa démission à Louis-Philippe. D'abord ardent légitimiste, Lamartine se rallie peu à peu à la monarchie de Juillet, sans s'attacher à aucun parti. Il se signale plus par son éloquence que par ses compétences politiques.

      Après avoir subi un échec aux élections législatives de 1831, en juin 1832 Lamartine s’embarque pour le Proche-Orient (1832-1833) avec sa femme et sa fille unique, Julia, qui meurt pendant le voyage. Il parcourt la Syrie, la Palestine, le Liban, la Grèce, la Turquie et la Bulgarie. En 1835 apparaît son “Voyage en Orient ”. 

      De retour des Lieux Saints, avant son passage  à travers la Bulgarie, Lamartine se rappelle, qu’il a passé “deux jours à Andrinople (auj. Edirne, ville turque à la frontière avec Bulgarie), dans la délicieuse maison du consul”. La maison de consule d’Andrinople est située à quelques lieues de la ville, aux bords de la rivière Maritza dont le nom, donné par les anciens romains (Hèbre), est utilisé dorénavant par Lamartine. De là le poète admire “la vue ravissante du haut de la terrasse de M Vernazza”, qui s’ouvre sur la ville d’ Andrinople “arrosée par  les trois fleuves: l' Hèbre, l' Arda et
le Tundcha”.

     Cette ville frontalière, qui rappelle au poète la ville de Lyon en France, provoque son admiration, parce qu’elle ”est enveloppée de toutes
parts par les bois et les eaux, par des belles chaînes
de montagnes, qui encadrent ce bassin fertile”.
La visite de la mosquée locale engendre de nouveau une comparaison en faveur des arts orientaux: “ Nos arts n' ont rien produit de plus hardi, de plus original et de plus
d' effet que ce monument et son minaret, colonne
percée à jour, de plus de cent pieds de tronc.”

     Déjà en Bulgarie, le poète français prend une
route, qui “traverse des défilés et des bassins boisés et
riants, quoique déserts, entre les hautes chaînes
des montagnes du Rhodope et de l' Hémus”. Arrivé aux abords de Philipopoli (auj. Plovdiv) Lamartine est surpris par un rituel, qui confirme l’estime des gens locaux envers les célébres voyageurs étrangers:

“ Le soir, à trois lieues de Philippopoli, j' aperçois dans la plaine une nuée de cavaliers turcs, arméniens et grecs, qui accourent sur nous au galop. Un beau jeune homme, monté sur un cheval superbe, arrive le premier, et touche mon habit du doigt ; il se
range ensuite à côté de moi ; il parle italien, et m' explique qu' ayant été le premier qui m' ait touché, je dois accepter sa maison, quelles que soient les instances des autres cavaliers pour me conduire ailleurs.”

                                     &  &  &

      C’est précisément en Terre sainte, et sous les murs mêmes de Jérusalem, que, le 25 octobre 1832, il commence ces vers qu’il terminera seulement un quart de siècle plus tard, sur «l’immatérialité de Dieu», et dont la signification première et immédiate est celle-ci: inconcevable, une incarnation de la divinité; le Christ n’était qu’un homme :                                  

Voyage en Orient /Fragments/

 

Deux jours passés à Andrinople, dans la délicieuse
maison de ce consul. Sa famille est à quelques lieues
de là, aux bords de la rivière Maritza
(l' hèbre des anciens) ; vue ravissante d' Andrinople,
le soir, du haut de la terrasse de M Vernazza.
La ville, grande à peu près comme Lyon, est
arrosée par trois fleuves : l' hèbre, l' Arda et
le Tundicha ; elle est enveloppée de toutes
parts par les bois et les eaux ; les belles chaînes
de montagnes encadrent ce bassin fertile.
-visite à la mosquée, édifice semblable à toutes
les mosquées,
mais plus élevé et plus vaste. Nos arts n' ont rien
produit de plus hardi, de plus original et de plus
d' effet que ce monument et son minaret, colonne
percée à jour, de plus de cent pieds de tronc.
Reparti d' Andrinople pour Philippopoli ; la
route traverse des défilés et des bassins boisés et
riants, quoique déserts, entre les hautes chaînes
des montagnes du Rhodope et de l' Hémus. Trois
jours de marche. Beaux villages. Le soir, à
trois lieues de Philippopoli, j' aperçois dans la
plaine une nuée de cavaliers turcs, arméniens et
grecs, qui accourent sur nous au galop. Un beau
jeune homme, monté sur un cheval superbe, arrive
le premier, et touche mon habit du doigt ; il se
range ensuite à côté de moi ; il parle italien,
et m' explique qu' ayant été le premier qui m' ait
touché, je dois accepter sa maison, quelles que
soient les instances des autres cavaliers pour
me conduire ailleurs. Le kiaia du gouverneur de
Philippopoli arrive ensuite, me complimente au
nom de son maître, et me dit que le gouverneur
m' a fait préparer une maison vaste et commode et
un souper, et qu' il veut me retenir quelques jours
dans la ville ; mais je persiste à accepter la maison
du jeune grec, M Mauridès.
Nous entrons dans Philippopoli au nombre de soixante
ou quatre-vingts cavaliers ; la foule est aux
fenêtres et dans les rues pour voir ce cortége ;
nous sommes reçus par la soeur et les tantes de
M Mauridès : -maison vaste et élégante ;
-beau divan percé de vingt-quatre fenêtres et
meublé à l' européenne, où le gouverneur et le
chef des différentes nations de la ville viennent
nous complimenter et prendre le café. Trois jours
passés à Philippopoli, à jouir de l' admirable

hospitalité de M Mauridès, à parcourir les
environs, et à recevoir et rendre les visites des
turcs, des grecs et des arméniens.
Philippopoli est une ville de trente mille âmes,
à quatre journées d' Andrinople, à huit journées
de Sophia, située au bord d' un fleuve, sur un
monticule de rochers isolés au milieu d' une large
et fertile vallée ; c' est un des plus beaux sites
naturels de ville que l' on puisse se représenter ;
la montagne forme une corne à deux sommets, tous
les deux également couronnés de maisons et de
jardins, et les rues descendent en serpentant
circulairement, pour en adoucir les pentes,
jusqu' aux rives du fleuve, qui circule lui-même
au pied de la ville, et l' enveloppe d' un fossé
d' eau courante : l' aspect des ponts, des jardins,
des maisons, des grands arbres qui s' élèvent des
rives du fleuve, de la plaine boisée qui sépare
le fleuve des montagnes de la Macédoine, de ces
montagnes elles-mêmes, dont les flancs sont coupés
de torrents dont on voit blanchir l' écume, et semés
de villages ou de grands monastères grecs, fait
du jardin de M Mauridès un des plus admirables
points de vue du monde ; la ville est peuplée
par moitié de grecs, d' arméniens et de turcs. Les
grecs sont en général instruits et commerçants ;
les principaux d' entre eux font élever leurs enfants
en Hongrie ; l' oppression des turcs ne leur semble
que plus pesante ensuite ; ils soupirent après
l' indépendance de leurs frères de la Morée. J' ai
connu là trois jeunes grecs charmants, et dignes,
par leurs sentiments et leur énergie d' esprit,
d' un autre sort et d' une autre patrie.
Quitté Philippopoli, et arrivé en deux jours à une
jolie

ville dans une plaine cultivée, appelée
Tatar-Bazargik ; elle appartient, ainsi que
la province environnante, à une de ces grandes
familles féodales turques, dont il existait cinq
ou six races en Asie et en Europe, respectées
par les sultans. Le jeune prince qui possède et
gouverne Tatar-Bazargik est le fils de
l' ancien vizir Husseim-Pacha. Il nous reçoit
avec une hospitalité chevaleresque, nous donne
une maison construite à neuf au bord d' une rivière
qui entoure la ville, maison vaste, élégante, commode,
appartenant à un riche arménien : à peine y
sommes-nous installés, que nous voyons arriver
quinze ou vingt esclaves, portant chacun un
plateau d' étain sur la tête ; ils déposent à
nos pieds sur le plancher une multitude de
pilaus, de pâtisseries, de plats de gibier et de
sucreries de toute espèce, des cuisines du
prince ; on m' amène deux beaux chevaux en présent,
que je refuse ; des veaux et des moutons pour
nourrir ma suite.

Le lendemain, nous commençons à voir les balkans
devant nous : ces belles montagnes, boisées et
entrecoupées de grands villages et de riches
cultures, sont peuplées par les bulgares. Nous
suivons tout le jour les bords d' un torrent qui
forme des marais dans la plaine ; arrivés au pied
du Balkan, je trouve tous les principaux habitants
du village bulgare d' Yenikeui qui nous
attendent, prennent les rênes de nos chevaux,
se placent à droite et à gauche de nos voitures,
les soutiennent de la main et des épaules, les
soulèvent quelquefois pour empêcher la roue de
couler dans les précipices, et nous conduisent
ainsi dans le misérable village où mes tartares
nous ont devancés ; les maisons, éparses sur les
flancs ou les croupes de deux collines séparées par


un profond ravin, sont entourées de jolis vergers
et de prairies ; toutes les montagnes sont cultivées
à leur base, et couvertes de belles forêts sur
leurs croupes ; les cimes sont de rochers. Ces
maisonnettes bulgares sont bâties en claie, et
couvertes de branches d' arbres avec leurs feuilles ;
nous en occupons sept à huit, et nos moukres,
tartares et cavaliers, bivaquent dans les vergers ;
chaque maison n' a qu' une chambre, et la terre nue
sert de plancher. Je prends la fièvre et une
inflammation de sang, suite de chagrin et de
fatigue ; je passe vingt jours couché sur une
natte dans cette misérable chaumière sans fenêtre,
entre la vie et la mort. Admirable dévouement de ma
femme, qui passe quinze jours et quinze nuits sans
fermer les yeux, à côté de mon lit de paille ; elle
envoie dans les marais de la plaine chercher des
sangsues ; les bulgares finissent par en découvrir ;
soixante sangsues sur la poitrine et sur les tempes
diminuent le danger. Je sens mon état ; je pense
nuit et jour à ma femme abandonnée, si je venais
à mourir à quatre cents lieues de toute consolation,
dans les montagnes de la Macédoine : heures
affreuses ! Je fais appeler M De Capmas et lui
donne mes dernières instructions en cas de ma
mort ; je le prie de me faire ensevelir sous un
arbre que j' ai vu en arrivant au bord de la route,
avec un seul mot écrit sur la pierre, ce mot
au-dessus de toutes les consolations : -Dieu. -
le sixième jour de la fièvre, le péril déjà passé,
nous entendons un bruit de chevaux et d' armes dans
la cour ; plusieurs cavaliers descendent de cheval ;
c' est le jeune et aimable grec de Philippopoli,
M Mauridès, avec un jeune médecin macédonien, et
plusieurs serviteurs déchargeant des chevaux chargés
de provisions, de meubles, de médicaments. Un
tartare, qui traversait le Balkan pour aller à
Andrinople,

s' était arrêté au camp de Philippopoli, et avait
répandu le bruit qu' un voyageur franc était tombé
malade et se mourait à Yenikeui ; ce bruit parvient
à M Mauridès à dix heures du soir ; il présume que
ce franc c' est son hôte ; il envoie chercher son ami
le médecin, rassemble ses domestiques, fait charger
sur ses chevaux tout ce que sa prévoyance charitable
lui fait juger nécessaire à un malade, part au
milieu de la nuit, marche sans s' arrêter, et vient,
à deux journées de route, apporter des secours,
des remèdes et des consolations à un inconnu qu' il
ne reverra jamais. Voilà de ces traits qui
rafraîchissent l' âme, et montrent la généreuse nature
de l' homme dans tous les lieux et dans tous les
climats. M Mauridès me trouva presque convalescent ;
ses affaires le rappelaient à Philippopoli ; il
repart le même jour, et me laisse le jeune médecin
macédonien : c' était un homme de talent et
d' instruction ; il avait fait ses études médicales
à Semlin, en Hongrie, et parlait latin. Son
talent nous fut inutile ; la tendresse, la présence
d' esprit et l' énergie de résolution de ma femme
avaient suppléé à tout ; mais sa société nous fut
douce pendant les vingt mortelles journées de
séjour à Yenikeui, nécessaires pour que la
maladie se dissipât, et que je reprisse des forces
pour remonter à cheval.
Le prince de Tatar-Bazargik, informé dès le premier
moment de ma maladie, ne me donna pas des marques
moins touchantes d' intérêt et d' hospitalité. Il
m' envoya chaque jour des moutons, des veaux pour
mes gens ; et, pendant tout le temps de mon séjour
à Yenikeui, cinq ou six cavaliers de sa garde
restèrent constamment dans ma cour avec leurs
chevaux tout bridés, et prêts à exécuter

mes moindres désirs. Pendant les derniers jours de
ma convalescence, ils m' accompagnèrent dans des
courses à cheval dans la magnifique vallée et sur
les montagnes des environs d' Yenikeui ; le prince
me fit offrir jusqu' à des esclaves ; un détachement
de ses cavaliers m' accompagna au départ jusqu' aux
limites de son gouvernement. J' ai pu étudier là,
dans l' intérieur même des familles, les moeurs des
bulgares ; ce sont les moeurs de nos paysans suisses
ou savoyards : ces hommes sont simples, doux,
laborieux, pleins de respect pour leurs prêtres
et de zèle pour leur religion ; c' est la religion
grecque. Les prêtres sont de simples paysans
laboureurs, comme eux. Les bulgares forment une
population de plusieurs millions d' hommes qui
s' accroît sans cesse ; ils vivent dans de grands
villages et de petites villes séparées des turcs :
un turc ou deux, délégués par le pacha ou
l' ayam, parcourent toute l' année ces villages
pour recueillir les impôts ; hors de là et de
quelques corvées, ils vivent en paix et selon leurs
propres moeurs. Leur costume est celui des paysans
d' Allemagne ; les femmes et les filles ont un
costume à peu près semblable à celui des montagnes
de Suisse ; elles sont jolies, vives, gracieuses.
Les moeurs m' ont paru pures, quoique les femmes
cessent d' être voilées comme en Turquie, et
fréquentent librement les hommes. J' ai vu des
danses champêtres parmi les bulgares comme dans
nos villages de France ; ils méprisent et
haïssent les turcs ; ils sont complétement mûrs
pour l' indépendance, et formeront avec les serviens,
leurs voisins, la base des états futurs de la
Turquie d' Europe. Le pays qu' ils habitent serait
bientôt un jardin délicieux, si l' oppression
aveugle et stupide, non pas du gouvernement, mais de

l' administration turque, les laissait cultiver avec
un peu plus de sécurité ; ils ont la passion de la
terre.
Je quittai Yenikeui et ses aimables et bons paysans
avec regret : c' est un ravissant séjour d' été ; tout
le village nous accompagna à une lieue dans le
Balkan, et nous combla de voeux et de
bénédictions ; nous franchîmes le premier
Balkan en un jour : ce sont des montagnes à peu
près semblables à celles d' Auvergne, accessibles et
cultivables presque partout ; cinq cents ouvriers
pendant une saison y feraient la plus belle route
carrossable. En trois jours j' arrivai à Sophia,
grande ville dans une plaine intérieure, arrosée
d' une rivière ; un pacha turc y résidait ; il
envoya son kiaia au-devant de moi, et me fit donner
la maison d' un négociant grec. J' y passai un jour ;
le pacha m' envoya des veaux, des moutons, et ne
voulut accepter aucun présent. La ville n' a rien de
remarquable.
En quatre petites journées de marche, tantôt
dans des montagnes d' un abord facile, tantôt dans
des vallées et des plaines admirablement fertiles,
mais dépeuplées, j' arrivai dans la plaine de
Nissa, dernière ville turque presque aux frontières
de la Servie ; je précédais à cheval, d' une
demi-heure, la caravane. Le soleil était brûlant ;
à environ une lieue de la ville, je voyais une
large tour blanche s' élever au milieu de la plaine,
brillante comme du marbre de Paros ; le sentier
m' y conduisait ; je m' en approchai, et, donnant
mon cheval à tenir à un enfant turc qui m' accompagnait,
je m' assis à l' ombre de la tour pour dormir un
moment : à peine étais-je assis, que, levant les
yeux sur le monument qui me prêtait son ombre,
je vis que ses murs,

qui m' avaient paru bâtis de marbre ou de pierre
blanche, étaient formés par des assises régulières
de crânes humains. Ces crânes et ces faces d' hommes,
décharnés et blanchis par la pluie et le soleil,
cimentés par un peu de sable et de chaux, formaient
entièrement l' arc triomphal qui m' abritait ; il
peut y en avoir quinze à vingt mille ; à quelques-uns
les cheveux tenaient encore, et flottaient comme des
lichens et des mousses au souffle du vent ; la
brise des montagnes soufflait vive et fraîche, et,
s' engouffrant dans les innombrables cavités des
têtes, des faces et des crânes, leur faisait
rendre des sifflements plaintifs et lamentables.
Je n' avais là personne pour m' expliquer ce
monument barbare ; l' enfant qui tenait les deux
chevaux par la bride jouait avec les petits
morceaux de crânes tombés en poussière au pied
de la tour ; j' étais si accablé de fatigue, de
chaleur et de sommeil, que je m' endormis la
tête appuyée contre ces murs de têtes coupées :
en me réveillant, je me trouvai entouré de la
caravane et d' un grand nombre de cavaliers turcs,
venus de Nissa pour nous escorter à notre
entrée dans la ville ; ils me dirent que c' étaient
les têtes des quinze mille serviens tués par le
pacha dans la dernière révolte de la Servie.
Cette plaine avait été le champ de mort de ces
généreux insurgés, et ce monument était leur
sépulcre. Je saluai de l' oeil et du coeur les
restes de ces hommes héroïques, dont les têtes
coupées sont devenues la borne de l' indépendance
de leur patrie.
La Servie, où nous allions entrer, est maintenant
libre, et c' est un chant de liberté et de gloire que
le vent des montagnes faisait rendre à la tour des
serviens morts pour leur pays. Bientôt ils
posséderont Nissa même : qu' ils laissent

subsister ce monument ! Il apprendra à leurs enfants
ce que vaut l' indépendance d' un peuple, en leur
montrant à quel prix leurs pères l' ont payée.
Nissa ressemble à Sophia et n' a aucun
caractère. -nous y passons un jour. -après
Nissa, on entre dans les belles montagnes et
dans l' océan des forêts de la Servie. Ces
forêts vierges s' étendent partout autant que
l' horizon, laissant serpenter seulement une large
route, récemment tracée par le prince Milosch,
chef indépendant de la Servie. Pendant six jours
nous nous enfonçons dans ces magnifiques et
perpétuels ombrages, n' ayant d' autre spectacle
que les colonnades sans fin des troncs énormes
et élevés des hêtres, les vagues de feuillages
balancées par les vents, les avenues de collines
et de montagnes uniformément vêtues de leurs chênes
séculaires.
Seulement de distance en distance, environ toutes les
cinq à six lieues, en descendant dans un vallon un
peu plus large et où serpente une rivière, de
grands villages en bois avec quelques jolies maisons
blanches et neuves qui commencent à sortir des
forêts : une petite église et un presbytère
s' étendent le long d' une jolie rivière, au milieu
de prairies et de champs de melons. Les habitants,
assis sur des divans de bois devant leurs boutiques,
travaillent à différents métiers ; leur physionomie,
quoique douce et bienveillante, a quelque chose
de septentrional, d' énergique, de fier, qui
rappelle tout de suite à l' oeil un peuple déjà
libre, digne de l' être tout à fait. Partout on
nous accueille avec hospitalité et respect ; on
nous prépare la maison la plus apparente du
village ; le curé vient s' entretenir avec nous. On

commence à trouver dans les maisons quelques
meubles d' Europe ; les femmes ne sont plus
voilées ; on trouve dans les prairies et dans
les bois des bandes de jeunes hommes et de jeunes
filles allant ensemble aux travaux des champs,
et chantant des airs nationaux qui rappellent
le ranz des vaches. Ces jeunes filles sont vêtues
d' une chemise, plissée à mille plis, qui couvre
les épaules et le sein, et d' un jupon court de
laine brune ou rouge ; leur fraîcheur, leur gaieté,
la limpidité de leurs fronts et de leurs yeux,
les font ressembler aux belles femmes de Berne
ou des montagnes de Lucerne.
Là, nos fidèles compagnes de tous les konaks de
Turquie nous abandonnent ; nous ne voyons plus
les cigognes, dont les larges nids, semblables
à des berceaux de jonc, couronnent le sommet de
tous les dômes des mosquées dans la Turquie
d' Europe, et servent de toit aux minarets
écroulés. Tous les soirs, en arrivant dans les
villages ou dans les kans déserts, nous les
voyions deux à deux errer autour de notre tente
ou de nos masures ; les petits, élevant leurs
longs cous hors du nid comme une nichée de serpents,
tendent le bec à la mère, qui, suspendue à demi sur
ses larges ailes, leur partage la nourriture qu' elle
rapporte des marais voisins ; et le père, planant
immobile à une grande hauteur au-dessus du nid,
semble jouir de ce touchant spectacle. Ces beaux
oiseaux ne sont nullement sauvages : ils sont les
gardiens du toit comme les chiens sont les gardiens
du foyer ; ils vivent en paix avec les nuées de
tourterelles qui blanchissent partout le dôme
des kans et des mosquées, et n' effarouchent
pas les hirondelles. Les turcs vivent en paix
eux-mêmes avec toute la création animée et
inanimée : arbres, oiseaux

ou chiens, ils respectent tout ce que Dieu a
fait ; ils étendent leur charité à ces pauvres
espèces, abandonnées ou persécutées chez nous.
Dans toutes les rues, il y a, de distance en
distance, des vases pleins d' eau pour les chiens
du quartier, et ils font quelquefois en mourant
des fondations pieuses pour qu' on jette du grain
aux tourterelles qu' ils nourrissent pendant leur
vie.
 

      Toutes les idées politiques de Lamartine dérivent d’une arrière-pensée religieuse, comme chez Jean-Jacques Rousseau, comme chez Robespierre, comme chez Jaurès. «Si Dieu n’est pas au terme du chemin, à quoi bon marcher?»

       Lamartine souhaiterait entrer dans la diplomatie ou, comme avait fait son père, dans l’armée; mais l’usurpateur Napoléon est sur le trône, et les Lamartine sont des royalistes intransigeants.

        En 1820 Lamartine est nommé attaché d'ambassade à Naples. En 1825 il devient secrétaire d'ambassade à Florence. Il est chargé des affaires de la France en Italie de 1825 à 1828. Mais là Lamartine s’impatiente devant la lenteur de son avancement administratif.

 

VICTOR HUGO 

1871

Élu député à l’assemblée de Bordeaux, V. Hugo ne parvient pas à unir la gauche — républicains et radicaux —, déjà très minoritaire, et démissionne lors de l’invalidation de l’élection de Garibaldi, seul général de l’armée française à s’être bien battu. À l’enterrement de son fils Charles, Paris, au tout début de son insurrection, lui manifeste une profonde sympathie; il met pourtant en garde les insurgés, qui lui semblent partir «d’un droit pour aboutir à un crime», et quitte Paris pour Bruxelles, où il règle la succession de Charles. À la fin de la Semaine sanglante, le Rappel est suspendu; Hugo y avait publié trois poèmes dont l’équilibre, dans la fureur anti-populaire générale, penchait en faveur des communards; malgré l’intention affichée du gouvernement belge de fermer la frontière aux insurgés en fuite, Hugo leur offre l’asile de sa maison; elle est attaquée à coups de pierre par une bande de jeunes bien-pensants, et lui-même est expulsé. Il se réfugie au Luxembourg. Largement battu aux élections complémentaires de Paris — où il n’était pas candidat —, il rentre en France à la fin de l’année pour obtenir une commutation de la peine de déportation à laquelle Rochefort avait été condamné.

1871

Au Luxembourg, Hugo compose l’Année terrible. 

1872

Reparution du Rappel. Nombreuses interventions de Hugo, qui use de sa gloire, en faveur de condamnés de la Commune; elles se poursuivront jusqu’à l’amnistie. Nouvel échec électoral à Paris: Victor Hugo ne sollicitera plus jamais un mandat du suffrage universel. Pour fuir Paris, ses tentations et ses échecs, et pour achever son њuvre avec Quatrevingt-Treize, il rentre volontairement en exil à Guernesey avec Juliette et Blanche Lanvin, une enfant de l’assistance publique au service de Juliette.

 1872

Après Actes et Paroles en 1870-1871-1872, Hugo publie l’Année terrible. La couverture annonce les Quatre Vents de l’esprit, le Théâtre en liberté, Dieu et la Fin de Satan.

1873

Quatrevingt-Treize achevé, retour à Paris; avant qu’ils ne s’y installent ensemble, ultime péripétie passionnelle — à l’occasion de Blanche —: fuite, télégrammes, serments, entre Victor Hugo et Juliette. Mort de François-Victor.

 1873

Hugo termine Quatrevingt-Treize à Guernesey.

 1874

Publication de Mes fils et de Quatrevingt-Treize.

 1875

Publication de Actes et Paroles.

1876

Élu, au suffrage indirect, sénateur de la Seine — «Union républicaine»: extrême gauche —, Victor Hugo poursuit son action en faveur de l’amnistie; son projet, dont Gambetta s’est désolidarisé, n’est pas adopté.

  La même année (1876), Victor Hugo, alors âgé de 74 ans, écrit un discours intitulé “Pour la Serbie” (29 août 1976). Dans ce discours il s’élève contre e massacre des habitants de la ville bulgare de Batak par les Ottomans: “ Il devient nécessaire d’appeler l’attention des gouvernements européens sur un fait tellement petit, à ce qu’il paraît, que les gouvernements semblent ne point l’apercevoir. Ce fait, le voici, on assassine un peple. Où? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins? Le monde entire. Les gouvernements le voient-ils? Non…Nous allons étonner les gouvernements européens en leur apprenant une chose, que les crimes sont des crimes, qu’il n’est pas plus permis à un gouvernement qu’à un individu d’être un assassin, que l’Europe est solidaire, que tout ce qui se fait en Europe, en fait par l’Europe, que s’il existe un gouvernement bête fauve, il doit être traité en bête fauve, qu’à l’heure qu’il est, tout près de nous, là sous nos yeux, on massacre, on incendie, on pille, on extermine, on égorge les pères et les mères, on vend les petites filles et les petits garçons; que les enfants trop petits pour être vendus, on les fend en deux coups de sabre; qu’on brûle les familles dans les maisons; que telle ville Batak, par exemple, est réduite en quelques heures de neuf mille habitants à treize cents; que les cimetières son encombrés de plus de cadavres qu’on ne peut enterrer, de sorte qu’aux vivants qui leur ont envoyé le carnage, les morts renvoient la peste, ce qui est bien fait; nous apprenons aux gouvernements d’Europe ceci; qu’on ouvre les femmes grosses pour leur tuer les enfants dans les entrailles, qu’il y a sur les places publiques des tas de squelettes de femmes ayant traces d’éventration, que les chiens rongent dans les rues la crâne des jeunes filles violées, que tout cela est horrible, qu’il suffirait d’un geste des gouvernements d’Europe pour l’empêcher, et que les sauvages qui commettent ces forfaits sont effrayants, et que les civilisés qui les laissent commettre sont épouvantables.

  Le moment est venu d’élever la voix. L’indignation universelle se soulève. Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et donne aux gouvernements l’ordre de l’écouter…

   Oui, la nuit est noire; on en est à la résurrection des spectres; après Syllabus, voici le Coran; d’une bible à l’autre on fraternise…Est-ce donc difficile, la paix? La république d’Europe, la fédération continentale, il n’y a pas d’autre réalité politique que celle-là. Les raisonnements le constatent, les événements aussi…La preuve était faite par les génies, la voilà faite par monstres. L’avenir est un dieu traîné par des tigres.”

1877

Alice, veuve de Charles, se remarie avec E. Lockroy.

1877

Publication de la «seconde série» de la Légende des siècles et de l’Art d’être grand-père, dont les poèmes ont été écrits les années précédentes.

En réponse à l’esquisse d’un coup d’État de Mac-Mahon, publication de Histoire d’un crime.

Hugo est élu sénateur. L'une de ses premières interventions est lancée en faveur d'une amnistie pour les communards. Il reviendra à la charge en 1879, puis en 1880.

 

 

   

 

 

 

 

 




Гласувай:
0
0



Няма коментари
Търсене

За този блог
Автор: ggenov
Категория: Лични дневници
Прочетен: 394046
Постинги: 405
Коментари: 48
Гласове: 234
Календар
«  Август, 2017  
ПВСЧПСН
123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031